Quoi donc? Je ne me souviens plus de ce que c’est.
MARTON.
Que cet intendant osoit lever les yeux sur Madame.
DUBOIS.
Ah! oui: vous parlez de ce regard que je lui vis jeter sur elle. Oh! jamais je ne l’ai oublie. Cette oeillade-la ne valoit rien. Il y avoit quelque chose dedans qui n’etoit pas dans l’ordre.
MARTON.
Oh! ca, Dubois, il s’agit de faire sortir cet homme-ci.
DUBOIS.
Pardi! tant qu’on voudra; je ne m’y epargne pas. J’ai deja dit a Madame qu’on m’avoit assure qu’il n’entendoit pas les affaires.
MARTON.
Mais est-ce la tout ce que tu sais de lui? C’est de la part de madame Argante et de monsieur le Comte que je te parle, et nous avons peur que tu n’aies pas tout dit a Madame, ou qu’elle ne cache ce que c’est. Ne nous deguise rien, tu n’en seras pas fache.
DUBOIS.
Ma foi! je ne sais que son insuffisance, dont j’ai instruit Madame.
MARTON.
Ne dissimule point.
DUBOIS.
Moi un dissimule! Moi garder un secret! Vous avez bien trouve votre homme! En fait de discretion, je meriterais d’etre femme.[132] Je vous demande pardon de la comparaison, mais c’est pour vous mettre l’esprit en repos.
MARTON.
Il est certain qu’il aime Madame.
DUBOIS.
Il n’en faut point douter: je lui en ai meme dit ma pensee a elle.
MARTON.
Et qu’a-t-elle repondu?
DUBOIS.
Que j’etois un sot. Elle est si prevenue…
MARTON.
Prevenue a un point que je n’oserois le dire, Dubois.
DUBOIS.
Oh! le diable n’y perd rien,[133] ni moi mon plus: car je vous entends.[134]
MARTON.
Tu as la mine d’en savoir plus que moi la-dessus.
DUBOIS.
Oh! point du tout, je vous jure. Mais, a propos, il vient tout a l’heure d’appeller Arlequin pour lui donner une lettre; si nous pouvions la saisir, peut-etre en saurions-nous davantage.
MARTON.
Une lettre, oui-da[135]: ne negligeons rien, Je vais de ce pas parler a Arlequin, s’il n’est pas encore parti.
DUBOIS.
Vous n’irez pas loin; je crois qu’il vient.
SCENE III.
DUBOIS, MARTON, ARLEQUIN.
ARLEQUIN, _voyant Dubois_.
Ah! te voila donc, mal bati?
DUBOIS.
Tenez: n’est-ce pas la une belle figure pour se moquer de la mienne?
MARTON.
Que veux-tu, Arlequin?
ARLEQUIN.
Ne sauriez-vous pas ou demeure[136] la rue du Figuier,[137] Mademoiselle?
MARTON.
Oui.
ARLEQUIN.
C’est que mon camarade, que je sers, m’a dit de porter cette lettre a quelqu’un qui est dans cette rue, et, comme je ne la sais[138] pas, il m’a dit que je m’en informasse a vous ou a cet animal-la; mais cet animal-la ne merite pas que je lui en parle, sinon pour l’injurier. J’aimerois mieux que le diable eut emporte toutes les rues que d’en savoir une par le moyen d’un malotru comme lui.
DUBOIS, _a Marton, a part_.
Prenez la lettre. (_Haut._) Non, non, Mademoiselle, ne lui enseignez rien; qu’il galope.
ARLEQUIN.
Veux-tu te taire?
MARTON, _negligemment_.
Ne l’interrompez donc point, Dubois. Eh bien! veux-tu me donner ta lettre? Je vais envoyer dans ce quartier-la, et on la rendra[139] a son adresse.
ARLEQUIN.
Ah! voila qui est bien agreable! Vous etes une fille de bonne amitie, Mademoiselle.
DUBOIS, _s’en allant_.
Vous etes bien bonne d’epargner de la peine a ce faineant-la.
ARLEQUIN.
Ce malhonnete! Va, va trouver le tableau, pour voir comme il se moque de toi.
MARTON, _seule avec Arlequin_.
Ne lui reponds rien; donne ta lettre.
ARLEQUIN.
Tenez, Mademoiselle; vous me rendrez[140] un service qui me fait grand bien. Quand il y aura a trotter pour votre serviable personne, n’ayez point d’autre postillon que moi.
MARTON.
Elle sera rendue exactement.
ARLEQUIN.
Oui, je vous recommande l’exactitude, a cause de monsieur Dorante, qui merite toutes sortes de fidelites.
MARTON, _a part_.
L’indigne!
ARLEQUIN, _s’en allant_.
Je suis votre serviteur eternel.
MARTON.
Adieu.
ARLEQUIN, _revenant_.
Si vous le rencontrez, ne lui dites point qu’un autre galope a ma place.
SCENE IV.
Mme. ARGANTE, LE COMTE, MARTON.
MARTON, _un moment seule_.
Ne disons mot que je n’aie vu[141] ce que ceci contient.
Mme. ARGANTE.
Eh bien! Marton, qu’avez-vous appris de Dubois?
MARTON.
Rien que ce que vous saviez deja, Madame, et ce n’est pas assez.
Mme. ARGANTE.
Dubois est un coquin qui nous trompe.
LE COMTE.
Il est vrai que sa menace paroissoit signifier quelque chose de plus.
Mme. ARGANTE.
Quoi qu’il en soit, j’attends monsieur Remy, que j’ai envoye chercher; et, s’il ne nous defait pas de cet homme-la, ma fille saura qu’il ose l’aimer, je l’ai resolu. Nous en avons les presomptions[142] les plus fortes, et, ne fut-ce que par bienseance, il faudra bien qu’elle le chasse. D’un autre cote, j’ai fait venir l’intendant que monsieur le Comte lui proposoit. Il est ici, et je le lui presenterai sur le champ.
MARTON.
Je doute que vous reussissiez, si nous n’apprenons rien de nouveau; mais je tiens peut-etre son conge, moi qui vous parle… Voici monsieur Remy: je n’ai pas le temps de vous en dire davantage, et je vais m’eclaircir.
(_Elle veut sortir._)
SCENE V.
M. REMY, Mme. ARGANTE, LE COMTE, MARTON.
M. REMY, _a Marton, qui se retire_.
Bonjour, ma niece, puisqu’enfin il faut que vous la soyez. Savez-vous ce qu’on me veut ici?
MARTON, _brusquement_.
Passez, Monsieur, et cherchez votre niece ailleurs; je n’aime point les mauvais plaisants.
(_Elle sort._)
M. REMY.
Voila une petite fille bien incivile? (_A madame Argante._) On m’a dit de votre part de venir ici, Madame: de quoi est-il donc question?
Mme. ARGANTE, _d’un ton reveche_.
Ah! c’est donc vous, monsieur le procureur?
M. REMY.
Oui, Madame, je vous garantis que c’est moi-meme.
Mme. ARGANTE.
Et de quoi vous etes-vous avise, je vous prie, de nous embarrasser d’un intendant de votre facon?[143]
M. REMY.
Et par quel hasard Madame y trouve-t-elle a redire?
Mme. ARGANTE.
C’est que nous nous serions bien passes du present que vous nous avez fait.
M. REMY.
Ma foi, Madame, s’il n’est pas a votre gout, vous etes bien difficile.
Mme. ARGANTE.
C’est votre neveu, dit-on?
M. REMY.
Oui, Madame.
Mme. ARGANTE.
Eh bien! tout votre neveu qu’il est, vous nous ferez un grand plaisir de le retirer.
M. REMY.
Ce n’est pas a vous que je l’ai donne.
Mme. ARGANTE.
Non, mais c’est a nous qu’il deplait, a moi et a monsieur le Comte que voila, et qui doit epouser ma fille.
M. REMY, _elevant la voix_.
Celui-ci est nouveau! Mais, Madame, des qu’il n’est pas a vous, il me semble qu’il n’est pas essentiel qu’il vous plaise. On n’a pas mis dans le marche qu’il vous plairoit, personne n’a songe a cela; et, pourvu qu’il convienne a madame Araminte, tout[144] doit etre content; tant pis pour qui ne l’est pas. Qu’est-ce que cela signifie?
Mme. ARGANTE.
Mais vous avez le ton bien rogue,[145] Monsieur Remy.
M. REMY.
Ma foi, vos compliments ne sont point propres a l’adoucir, Madame Argante.
LE COMTE.
Doucement, monsieur le procureur, doucement; il me paroit que vous avez tort.
M. REMY.
Comme vous voudrez, monsieur le Comte, comme vous voudrez; mais cela ne vous regarde pas. Vous savez bien que je n’ai pas l’honneur de vous connoitre, et nous n’avons que faire ensemble,[146] pas la moindre chose.
LE COMTE.
Que vous me connoissiez ou non; il n’est pas si peu essentiel que vous le dites que votre neveu plaise a Madame. Elle n’est pas une etrangere dans la maison.
M. REMY.
Parfaitement etrangere pour cette affaire-ci, Monsieur; on ne peut pas plus etrangere; au surplus, Dorante est un homme d’honneur, connu pour tel, dont j’ai repondu, dont je repondrai toujours, et dont Madame parle ici d’une maniere choquante.
Mme. ARGANTE.
Votre Dorante est un impertinent.
M. REMY.
Bagatelle! ce mot-la ne signifie rien dans votre bouche.
Mme. ARGANTE.
Dans ma bouche! A qui parle donc ce petit praticien, monsieur le Comte? Est-ce que vous ne lui imposerez pas silence?
M. REMY.
Comment donc! m’imposer silence, a moi, procureur! Savez-vous bien qu’il y a cinquante ans que je parle, madame Argante?
Mme. ARGANTE.
Il y a donc cinquante ans que vous ne savez ce que vous dites.
SCENE VI.
ARAMINTE, MME. ARGANTE, M. REMY, LE COMTE.
ARAMINTE.
Qu’y a-t-il donc? On diroit que vous vous querellez.
M. REMY.
Nous ne sommes pas fort en paix, et vous venez tres a propos, Madame: il s’agit de Dorante: avez-vous sujet de vous plaindre de lui?
ARAMINTE.
Non, que je sache.[147]
M. REMY.
Vous etes-vous apercue qu’il ait manque de probite?
ARAMINTE.
Lui? non vraiment. Je ne le connois que pour un homme tres estimable.
M. REMY.
Au discours que Madame en tient, ce doit pourtant etre un fripon, dont il faut que je vous delivre, et on se passerait bien du present que je vous en ai fait, et c’est un impertinent qui deplait a Madame, qui deplait a Monsieur qui parle en qualite d’epoux futur, et, a cause que[148] je le defends, on veut me persuader que je radote.
ARAMINTE, _froidement_.
On se jette la dans de grands exces. Je n’y ai point de part, Monsieur. Je suis bien eloignee de vous traiter si mal. A l’egard de Dorante, la meilleure justification qu’il y ait pour lui, c’est que je le garde. Mais je venois pour savoir une chose, monsieur le Comte. Il y a la-bas, m’a-t- on dit, un homme d’affaires que vous avez amene pour moi: on se trompe apparemment?
LE COMTE.
Madame, il est vrai qu’il est venu avec moi; mais c’est madame Argante…
Mme. ARGANTE.
Attendez, je vais repondre. Oui, ma fille, c’est moi qui ai prie Monsieur de le faire venir pour remplacer celui que vous avez, et que vous allez mettre dehors: je suis sure de mon fait. J’ai laisse dire votre procureur, au reste; mais il amplifie.[149]
M. REMY.
Courage!
Mme. ARGANTE, _vivement_.
Paix! vous avez assez parle. (_A Araminte._) Je n’ai point dit que son neveu fut un fripon. Il ne seroit pas impossible qu’il le fut; je n’en serois pas etonnee.
M. REMY.
Mauvaise parenthese, avec votre permission, supposition injurieuse, et tout a fait hors d’oeuvre.[150]
Mme. ARGANTE.
Honnete homme, soit; du moins n’a-t-on pas encore de preuve du contraire, et je veux croire qu’il l’est. Pour un impertinent, et tres impertinent, j’ai dit qu’il en etoit un, et j’ai raison. Vous dites que vous le garderez: vous n’en ferez rien.
ARAMINTE, _froidement_.
Il restera, je vous assure.
Mme. ARGANTE.
Point du tout; vous ne sauriez. Seriez-vous d’humeur a garder un intendant qui vous aime?
M. REMY.
Eh! a qui voulez-vous donc qu’il s’attache? A vous, a qui il n’a pas affaire?
ARAMINTE.
Mais, en effet, pourquoi faut-il que mon intendant me haisse?
Mme. ARGANTE.
Eh! non, point d’equivoque. Quand je vous dis qu’il vous aime, j’entends qu’il est amoureux de vous, en bon francois; qu’il est ce qu’on appelle amoureux; qu’il soupire pour vous; que vous etes l’objet secret de sa tendresse.
M. REMY.
Dorante?
ARAMINTE, _riant_.
L’objet secret de sa tendresse! Oh! oui, tres secret, je pense. Ah! ah! je ne me croyois pas si dangereuse a voir. Mais, des que vous devinez de pareils secrets, que ne devinez-vous que tous mes gens sont comme lui? Peut-etre qu’ils m’aiment aussi: que sait-on? Monsieur Remy, vous qui me voyez assez souvent, j’ai envie de deviner que vous m’aimez aussi.
M. REMY.
Ma foi, Madame, a l’age de mon neveu, je ne m’en tirerois pas mieux qu’on dit qu’il s’en tire.
Mme. ARGANTE.
Ceci n’est pas matiere a plaisanterie, ma fille. Il n’est pas question de votre monsieur Remy; laissons-la ce bonhomme, et traitons la chose un peu plus serieusement. Vos gens ne vous font pas peindre, vos gens ne se mettent point a contempler vos portraits, vos gens n’ont point l’air galant, la mine doucereuse.
M. REMY, _a Araminte_.
J’ai laisse passer le “bonhomme” a cause de vous, au moins; mais le “bonhomme” est quelquefois brutal.
ARAMINTE.
En verite, ma mere, vous seriez la premiere a vous moquer de moi si ce que vous me dites me faisoit la moindre impression; ce seroit une enfance[151] a moi que de le renvoyer sur un pareil soupcon. Est-ce qu’on ne peut me voir sans m’aimer? Je n’y saurois que faire; il faut bien m’y accoutumer, et prendre mon parti la-dessus. Vous lui trouvez l’air galant, dites-vous? Je n’y avois pas pris garde, et je ne lui en ferai point un reproche. Il y auroit de la bizarrerie a se facher de ce qu’il est bien fait. Je suis d’ailleurs comme tout le monde: j’aime assez les gens de bonne mine.
SCENE VII.
ARAMINTE, Mme. ARGANTE, M. REMY, LE COMTE, DORANTE.
DORANTE.
Je vous demande pardon, Madame, si je vous interromps. J’ai lieu de presumer que mes services ne vous sont plus agreables, et, dans la conjoncture presente, il est naturel que je sache mon sort.
Mme. ARGANTE, _ironiquement_.
Son sort! Le sort d’un intendant: que cela est beau!
M. REMY.
Et pourquoi n’auroit-il pas un sort?
ARAMINTE, _d’un air vif, a sa mere_.
Voila des emportements qui m’appartiennent. (_A Dorante._) Quelle est cette conjoncture, Monsieur, et le motif de votre inquietude?
DORANTE.
Vous le savez, Madame. Il y a quelqu’un ici que vous avez envoye chercher pour occuper ma place.
ARAMINTE.
Ce quelqu’un-la est fort mal conseille. Desabusez-vous: ce n’est point moi qui l’ai fait venir.
DORANTE.
Tout a contribue a me tromper, d’autant plus que mademoiselle Marton vient de m’assurer que dans une heure je ne serois plus ici.
ARAMINTE.
Marton vous a tenu un fort sot discours.
Mme. ARGANTE.
Le terme est encore trop long: il devroit en sortir tout a l’heure.[152]
M. REMY, _comme a part_.
Voyons par ou cela finira.
ARAMINTE.
Allez, Dorante, tenez-vous en repos; fussiez-vous l’homme du monde qui me convint le moins, vous resteriez; dans cette occasion-ci, c’est a moi-meme que je dois cela; je me sens offensee du procede qu’on a avec moi, et je vais faire dire a cet homme d’affaires qu’il se retire; que ceux qui l’ont amene, sans me consulter, le remmenent, et qu’il n’en soit plus parle.
SCENE VIII.
ARAMINTE, Mme. ARGANTE, M. REMY, LE COMTE, DORANTE, MARTON.
MARTON, _froidement_.
Ne vous pressez pas de le renvoyer. Madame; voila une lettre de recommandation pour lui, et c’est monsieur Dorante qui l’a ecrite.
ARAMINTE.
Comment!
MARTON, _donnant la lettre au Comte_.
Un instant, Madame, cela merite d’etre ecoute; la lettre est de Monsieur, vous dis-je.
LE COMTE _lit haut_.
_Je vous conjure, mon cher ami, d’etre demain sur les neuf heures du matin chez vous; j’ai bien des choses a vous dire: je crois que je vais sortir de chez la dame que vous savez; elle ne peut plus ignorer la malheureuse passion que j’ai prise pour elle, et dont je ne guerirai jamais._
Mme. ARGANTE.
De la passion, entendez-vous, ma fille?
LE COMTE _lit_.
_Un miserable ouvrier que je n’attendois pas est venu ici m’apporter la boite de ce portrait que j’ai fait d’elle._
Mme. ARGANTE.
C’est-a-dire que le personnage sait peindre.
LE COMTE _lit_.
_J’etois absent, il l’a laissee a une fille de la maison._
Mme. ARGANTE, _a Marton_.
Fille de la maison, cela vous regarde.
LE COMTE _lit_.
_On a soupconne que ce portrait m’appartenoit: ainsi je pense qu’on va tout decouvrir, et qu’avec le chagrin d’etre renvoye et de perdre le plaisir de voir tous les jours celle que j’adore…_
Mme. ARGANTE.
Que j’adore! ah! que j’adore!
LE COMTE _lit_.
_J’aurai encore celui d’etre meprise d’elle._
Mme. ARGANTE.
Je crois qu’il n’a pas mal devine celui-la, ma fille.
LE COMTE _lit_.
_Non pas a cause de la mediocrite de ma fortune, sorte de mepris dont je n’oserois la croire capable…_
Mme. ARGANTE.
Eh! pourquoi non?
LE COMTE _lit_.
_Mais seulement a cause du peu que je vaux aupres d’elle, tout honore que je suis de l’estime de tant d’honnetes gens._
Mme. ARGANTE.
Et en vertu de quoi l’estiment-ils tant?
LE COMTE _lit_.
_Auquel cas je n’ai plus que faire a Paris. Vous etes a la veille de vous embarquer, et je suis determine a vous suivre._
Mme. ARGANTE.
Bon voyage au galant.
M. REMY.
Le beau motif d’embarquement!
Mme. ARGANTE.
He bien! en avez-vous le coeur net, ma fille?
LE COMTE.
L’eclaircissement m’en paroit complet.
ARAMINTE, a Dorante.
Quoi! cette lettre n’est pas d’une ecriture contrefaite? Vous ne la niez point?
DORANTE.
Madame…
ARAMINTE.
Retirez-vous.
M. REMY.
Eh bien! quoi? c’est de l’amour qu’il a; ce n’est pas d’aujourd’hui que les belles personnes en donnent, et, tel que vous le voyez, il n’en a pas pris pour toutes celles qui auroient bien voulu lui en donner. Cet amour- la lui coute quinze mille livres de rente, sans compter les mers qu’il veut courir; voila le mal: car, au reste, s’il etoit riche, le personnage en vaudroit bien un autre; il pourroit bien dire qu’il adore. (_Contrefaisant madame Argante._) Et cela ne seroit point si ridicule. Accommodez-vous; au reste, je suis votre serviteur, Madame.
(_Il sort._)
MARTON.
Fera-t-on monter l’intendant que monsieur le Comte a amene, Madame?
ARAMINTE.
N’entendrai-je parler que d’intendant? Allez-vous en, vous prenez mal votre temps pour me faire des questions.
(_Marton sort._)
Mme. ARGANTE.
Mais, ma fille, elle a raison; c’est monsieur le Comte qui vous en repond, il n’y a qu’a le prendre.
ARAMINTE.
Et moi je n’en veux point.
LE COMTE.
Est-ce a cause[153] qu’il vient de ma part, Madame?
ARAMINTE.
Vous etes le maitre d’interpreter, Monsieur; mais je n’en veux point.
LE COMTE.
Vous vous expliquez la-dessus d’un air de vivacite qui m’etonne.
Mme. ARGANTE.
Mais en effet, je ne vous reconnois pas. Qu’est-ce qui vous fache?
ARAMINTE.
Tout: on s’y est mal pris; il y a dans tout ceci des facons si desagreables, des moyens si offensants, que tout m’en choque.
Mme. ARGANTE, _etonnee_.
On ne vous entend[154] point.
LE COMTE.
Quoique je n’aie aucune part a ce qui vient de se passer, je ne m’apercois que trop, Madame, que je ne suis pas exempt de votre mauvaise humeur, et je serois fache d’y contribuer davantage par ma presence.
Mme. ARGANTE.
Non, Monsieur, je vous suis. Ma fille, je retiens monsieur le Comte; vous allez venir nous trouver apparemment.[155] Vous n’y songez pas,[156] Araminte, on ne sait que penser.
SCENE IX.
ARAMINTE, DUBOIS.
DUBOIS.
Enfin, Madame, a ce que je vois, vous en voila delivree[157]: qu’il devienne tout ce qu’il voudra a present, tout le monde a ete temoin de sa folie, et vous n’avez plus rien a craindre de sa douleur; il ne dit mot. Au reste, je viens seulement de le rencontrer, plus mort que vif, qui traversoit la galerie pour aller chez lui. Vous auriez trop ri de le voir soupirer; il m’a pourtant fait pitie: je l’ai vu si defait, si pale et si triste, que j’ai eu peur qu’il ne se trouve mal.
ARAMINTE, _qui ne l’a pas regarde jusque-la, et qui a toujours reve, dit d’un ton haut_.
Mais qu’on aille donc voir! Quelqu’un l’a-t-il suivi? Que ne le secouriez- vous? Faut-il tuer cet homme?
DUBOIS.
J’y ai pourvu, Madame; j’ai appele Arlequin, qui ne le quittera pas, et je crois d’ailleurs qu’il n’arrivera rien: voila qui est fini; je ne suis venu que pour vous dire une chose, c’est que je pense qu’il demandera a vous parler, et je ne conseille pas a Madame de le voir davantage: ce n’est pas la peine.
ARAMINTE, _sechement_.
Ne vous embarrassez pas, ce sont mes affaires.
DUBOIS.
En un mot, vous en etes quitte, et cela par le moyen de cette lettre qu’on vous a lue, et que mademoiselle Marton a tiree d’Arlequin par mon avis. Je me suis doute qu’elle pourrait vous etre utile, et c’est une excellente idee que j’ai eue la, n’est-ce pas, Madame?
ARAMINTE, _froidement_.
Quoi! c’est a vous que j’ai l’obligation de la scene qui vient de se passer?
DUBOIS, _librement_.
Oui, Madame.
ARAMINTE.
Mechant valet, ne vous presentez plus devant moi.
DUBOIS, _comme etonne_.
Helas! Madame, j’ai cru bien faire.
ARAMINTE.
Allez, malheureux! Il falloit m’obeir; je vous avois dit de ne plus vous en meler: vous m’avez jetee dans tous les desagrements que je voulois eviter. C’est vous qui avez repandu tous les soupcons qu’on a eus[158] sur son compte, et ce n’est pas par attachement pour moi que vous m’avez appris qu’il m’aimoit: ce n’est que par le plaisir de faire du mal. Il m’importoit peu d’en etre instruite: c’est un amour que je n’aurois jamais su, et je le trouve bien malheureux d’avoir eu affaire a vous, lui qui a ete votre maitre, qui vous affectionnoit, qui vous a bien traite, qui vient, tout recemment encore, de vous prier a genoux de lui garder le secret. Vous l’assassinez, vous me trahissez moi-meme: il faut que vous soyez capable de tout. Que je ne vous voie jamais, et point de replique.
DUBOIS, _s’en va en riant_.
Allons, voila qui est parfait.
SCENE X.
ARAMINTE, MARTON.
MARTON, _triste_.
La maniere dont vous m’avez renvoyee il n’y a qu’un moment me montre que je vous suis desagreable, Madame, et je crois vous faire plaisir en vous demandant mon conge.
ARAMINTE, _froidement_.
Je vous le donne.
MARTON.
Votre intention est-elle que je sorte des aujourd’hui, Madame?
ARAMINTE.
Comme vous voudrez.
MARTON.
Cette aventure-ci est bien triste pour moi!
ARAMINTE.
Oh! point d’explication, s’il vous plait.
MARTON.
Je suis au desespoir!
ARAMINTE, _avec impatience_.
Est-ce que vous etes fachee de vous en aller? Eh bien! restez, Mademoiselle, restez: j’y consens; mais finissons.
MARTON.
Apres les bienfaits dont vous m’avez comblee, que ferois-je aupres de vous a present que je vous suis suspecte, et que j’ai perdu toute votre confiance?
ARAMINTE.
Mais que voulez-vous que je vous confie? Inventerai-je des secrets pour vous les dire?
MARTON.
Il est pourtant vrai que vous me renvoyez, Madame, D’ou vient ma disgrace.
ARAMINTE.
Elle est dans votre imagination. Vous me demandez votre conge, je vous le donne.
MARTON.
Ah! Madame, pourquoi m’avez-vous exposee au malheur de vous deplaire? J’ai persecute par ignorance l’homme du monde le plus aimable, qui vous aime plus qu’on n’a jamais aime.
ARAMINTE, _a part_.
Helas.
MARTON.
Et a qui je n’ai rien a reprocher: car il vient de me parler. J’etois son ennemie, et je ne la suis plus. Il m’a tout dit. Il ne m’avoit jamais vue: c’est monsieur Remy qui m’a trompee, et j’excuse Dorante.
ARAMINTE.
A la bonne heure.
MARTON.
Pourquoi avez-vous eu la cruaute de m’abandonner au hasard d’aimer un homme qui n’est pas fait pour moi, qui est digne de vous, et que j’ai jete dans une douleur dont je suis penetree.
ARAMINTE, _d’un ton doux_.
Tu l’aimois donc, Marton?
MARTON.
Laissons la mes sentiments. Rendez-moi votre amitie comme je l’avois, et je serai contente.
ARAMINTE.
Ah! je te la rends toute entiere.
MARTON, _lui baisant la main_.
Me voila consolee.
ARAMINTE.
Non, Marton, tu ne l’es pas encore. Tu pleures, et tu m’attendris.
MARTON.
N’y prenez point garde. Rien ne m’est si cher que vous!
ARAMINTE.
Va, je pretends bien te faire oublier tous tes chagrins. Je pense que voici Arlequin.
SCENE XI.
ARAMINTE, MARTON, ARLEQUIN.
ARAMINTE.
Que veux-tu?
ARLEQUIN, _pleurant et sanglotant_.
J’aurois bien de la peine a vous le dire, car je suis dans une detresse qui me coupe entierement la parole, a cause de la trahison que mademoiselle Marton m’a faite. Ah! quelle ingrate perfidie!
MARTON.
Laisse la ta perfidie, et nous dis[159] ce que tu veux.
ARLEQUIN.
Ah! cette pauvre lettre! Quelle escroquerie!
ARAMINTE.
Dis donc.
ARLEQUIN.
Monsieur Dorante vous demande a genoux qu’il vienne ici vous rendre compte des paperasses qu’il a eues[160] dans les mains depuis qu’il est ici. Il m’attend a la porte, ou il pleure.
MARTON.
Dis-lui qu’il vienne.
ARLEQUIN.
Le voulez-vous, Madame? car je ne me fie pas a elle. Quand on m’a une fois affronte[161] je n’en reviens point.
MARTON, _d’un air triste et attendri_.
Parlez-lui, Madame; je vous laisse,
ARLEQUIN, _quand Marton est partie_.
Vous ne me repondez point. Madame.
ARAMINTE.
Il peut venir.
(_Arlequin sort_.)
SCENE XII.
DORANTE, ARAMINTE.
ARAMINTE.
Approchez, Dorante.
DORANTE.
Je n’ose presque paroitre devant vous.
ARAMINTE, _a part_.
Ah! je n’ai guere plus d’assurance que lui. (_Haut_.) Pourquoi vouloir me rendre compte de mes papiers? Je m’en fie bien a vous. Ce n’est pas la- dessus que j’aurai a me plaindre.
DORANTE.
Madame… j’ai autre chose a dire… Je suis si interdit, si tremblant, que je ne saurais parler.
ARAMINTE, _a part, avec emotion_.
Ah! que je crains la fin de tout ceci!
DORANTE, _emu_.
Un de vos fermiers[162] est venu tantot, Madame.
ARAMINTE, _emue_.
Un de mes fermiers!… Cela se peut.
DORANTE.
Oui, Madame… il est venu.
ARAMINTE, _toujours emue_.
Je n’en doute pas.
DORANTE, _emu_.
Et j’ai de l’argent a vous remettre.
ARAMINTE.
Ah! de l’argent!… Nous verrons.
DORANTE.
Quand il vous plaira, Madame, de le recevoir.
ARAMINTE.
Oui… je le recevrai… vous me le donnerez. (_A part._) Je ne sais ce que je lui reponds.
DORANTE.
Ne seroit-il pas temps de vous l’apporter ce soir ou demain, Madame?
ARAMINTE.
Demain, dites-vous? Comment vous garder jusque-la, apres ce qui est arrive?
DORANTE, _plaintivement_.
De tout le temps de ma vie que je vais passer loin de vous, je n’aurois plus que ce seul jour qui m’en seroit precieux.
ARAMINTE.
Il n’y a pas moyen, Dorante: il faut se quitter. On sait que vous m’aimez, et on croiroit que je n’en suis pas fachee.
DORANTE.
Helas! Madame, que je vais etre a plaindre!
ARAMINTE.
Ah! allez, Dorante, chacun a ses chagrins.
DORANTE.
J’ai tout perdu! J’avois un portrait, et je ne l’ai plus.
ARAMINTE.
A quoi vous sert de l’avoir? vous savez peindre.
DORANTE.
Je ne pourrai de longtemps m’en dedommager. D’ailleurs, celui-ci m’auroit ete bien cher! Il a ete entre vos mains, Madame.
ARAMINTE.
Mais vous n’etes pas raisonnable.
DORANTE.
Ah! Madame, je vais etre eloigne de vous. Vous serez assez vengee; n’ajoutez rien a ma douleur.
ARAMINTE.
Vous donner mon portrait! Songez-vous que ce seroit avouer que je vous aime.
DORANTE.
Que vous m’aimez, Madame! Quelle idee! Qui pourrait se l’imaginer?
ARAMINTE, _d’un ton vif et naif_.
Et voila pourtant ce qui m’arrive.
DORANTE, _se jetant a ses genoux_.
Je me meurs!
ARAMINTE.
Je ne sais plus ou je suis. Moderez votre joie; levez-vous, Dorante.
DORANTE _se leve, et tendrement_.
Je ne la merite pas. Cette joie me transporte. Je ne la merite pas. Madame. Vous allez me l’oter, mais n’importe, il faut que vous soyez instruite.
ARAMINTE, _etonne_.
Comment! que voulez-vous dire?
DORANTE.
Dans tout ce qui s’est passe chez vous, il n’y a rien de vrai que ma passion, qui est infinie, et que le portrait que j’ai fait. Tous les incidents qui sont arrives partent de l’industrie d’un domestique qui savoit mon amour, qui m’en plaint, qui, par le charme de l’esperance du plaisir de vous voir, m’a pour ainsi dire force de consentir a son stratageme: il vouloit me faire valoir aupres de vous, Voila, Madame, ce que mon respect, mon amour et mon caractere ne me permettent pas de vous cacher. J’aime encore mieux regretter votre tendresse que de la devoir a l’artifice qui me l’a acquise; j’aime mieux votre haine que le remords d’avoir trompe ce que j’adore.
ARAMINTE, _le regardant quelque temps sans parler_.
Si j’apprenois cela d’un autre que de vous, je vous hairais sans doute; mais l’aveu que vous m’en faites vous-meme, dans un moment comme celui-ci, change tout. Ce trait de sincerite me charme, me paroit incroyable, et vous etes le plus honnete homme du monde. Apres tout, puisque vous m’aimez veritablement, ce que vous avez fait pour gagner mon coeur n’est point blamable: il est permis a un amant de chercher les moyens de plaire, et on doit lui pardonner lorsqu’il a reussi.
DORANTE.
Quoi! la charmante Araminte daigne me justifier?
ARAMINTE.
Voici le Comte avec ma mere; ne dites mot, et laissez-moi parler.
SCENE DERNIERE.
DORANTE, ARAMINTE, LE COMTE, Mme. ARGANTE.
Mme. ARGANTE, _voyant Dorante_.
Quoi! le voila encore!
ARAMINTE, _froidement_.
Oui, ma mere. (_Au Comte_.) Monsieur le Comte, il etoit question de mariage entre vous et moi, et il n’y faut plus penser. Vous meritez qu’on vous aime; mon coeur n’est point en etat de vous rendre justice, et je ne suis pas d’un rang qui vous convienne.
Mme. ARGANTE.
Quoi donc! que signifie ce discours?
LE COMTE.
Je vous entends,[163] Madame, et, sans l’avoir dit a Madame (_montrant madame Argante_), je songeois a me retirer. J’ai devine tout: Dorante n’est venu chez vous qu’a cause[164] qu’il vous aimoit; il vous a plu, vous voulez lui faire sa fortune: voila tout ce que vous alliez dire.
ARAMINTE.
Je n’ai rien a ajouter.
Mme. ARGANTE, _outree_.
La fortune a cet homme-la!
LE COMTE, _tristement_.
Il n’y a plus que notre discussion, que nous reglerons a l’amiable; j’ai dit que je ne plaiderois point, et je tiendrai parole.
ARAMINTE.
Vous etes bien genereux; envoyez-moi quelqu’un qui en decide, et ce sera assez.
Mme. ARGANTE.
Ah! la belle chute! Ah! ce maudit intendant! Qu’il soit votre mari tant qu’il vous plaira, mais il ne sera jamais mon gendre.
ARAMINTE.
Laissons passer sa colere, et finissons.
(_Ils sortent_.)
DUBOIS.
Ouf! ma gloire m’accable; je meriterois bien d’appeler cette femme-la ma bru.[165]
ARLEQUIN.
Pardi,[166] nous nous soucions bien de ton tableau a present! L’original nous en fournira bien d’autres copies.
* * * * *
NOTES.
INTRODUCTION.
[1] Larroumet, _Marivaux_, p. 564.
[2] Palissot, p. 3, quoting evidently from de La Porte, p. 1.
[3] D’Alembert, p. 209.
[4] Fournier, _Notice_, p. 2.
[5] Larroumet, _Marivaux_, p. 17, note 3.
[6] Gossot, _Marivaux moraliste_, p. 11.
[7] “Pierre Carlet de Marivaux naquit a Paris sur la Paroisse de Saint- Gervais en 1688, et non en Auvergne, comme on le trouve ecrit en plusieurs endroits.” De La Porte, p. 1.
[8] De La Porte, p. 1.
[9] Lesbros de la Versane, p. 5.
[10] “M. de Marivaux, a ce qu’on peut juger [note that Palissot draws his own conclusions and does not state a fact], n’avait point fait de bonnes etudes; on pourrait meme soupconner qu’il n’en avait fait aucunes.” Palissot, pp. 4-5.
[11] D’Alembert, _Eloge_, p. 210.
[12] Marivaux, _le Spectateur francais_, 7e feuille. OEuvres, tome IX, p. 62.
[13] Marivaux, _Oeuvres_, tome IX, pp. 9-11. This anecdote has been narrated by all of Marivaux’s biographers, but sometimes so fancifully, as in the case of Houssaye [_Galerie du XVIIIe siecle_, premiere serie pp. 94-95], that it has seemed well to give the author’s own account.
[14] Houssaye, _Galerie du XVIIIe siecle_, premiere serie, p. 95.
[15] D’Alembert, _Eloge_, p. 242.
[16] According to d’Alembert, p. 214. L’abbe de La Porte does not mention his age.
[17 D’Alembert, _Eloge_, p. 215.
[18] Fontenelle, _Oeuvres_, tome VII, p. 546 (_Eloge de Mme. de Lambert_).
[19] Lucien Brunel, in Petit de Julleville’s _Histoire de la langue et de la litterature francaise_, tome vi, p. 396.
[20] Palissot, p. 10.
[21] Marmontel, _Memoires_, livre IV, tome I, pp. 232-233.
[22] Marivaux, _La Vie de Marianne_, 4e partie. Oeuvres, tome VI, p. 275.
[23] Marivaux, ibid., tome VI, p. 276.
[24] Deschamps, _Marivaux_, p. 87.
[25] Marmontel, _Memoires_, livre VI, tome II, p. 88.
[26] Ibid., p. 90.
[27] “Sensible, et meme ombrageux dans la societe, sur les discours qui pouvaient avoir rapport a lui, il avait souvent le malheur de ne pouvoir cacher cette disposition, aussi importune pour lui que pour les autres; il la decelait quelquefois au point d’etre vivement blesse de ce qu’on n’avait pas dit.” D’Alembert, _Eloge_, p. 244.
“Il etait repli d’amour-propre lui-meme, et je n’ai vu de mes jours a cet egard personne d’aussi chatouilleux que lui. Il fallait le louer et le caresser continuellement comme une jolie femme.” Colle, _Journal et memoires_, p. 289.
“Marivaux etait honnete homme, mais d’un caractere ombrageux et d’un commerce difficile; il entendait finesse a tout; les mots les plus innocents le blessaient, et il supposait volontiers qu’on cherchait a le mortifier: ce qui l’a rendu malheureux, et son commerce epineux et insupportable.” Grimm, _Correspondance litteraire_, tome III, p. 183.
[28] De La Porte, pp.6-7. Lebros de la Versane, pp. 20-21, repeats the words of de La Porte, without, however, acknowledging the quotation.
[29] D’Alembert, _Eloge_, p. 242.
[30] Marmontel, _Memoires_, livre VII, tome II, pp. 222-224.
[31] There is little, if any, doubt that Marivaux was the author of all three of these productions, as well as of the _Telemaque travesti_, the authorship of which he denied. For a discussion of the matter, see Larroumet, _Marivaux_, edition of 1894, p. 25, note 2, pp. 29, 30, notes 1 and 2; Fleury, _Marivaux et le marivaudage_, pp. 14, 16, 17, 18; _Bibliotheque francaise, ou Histoire litteraire de la France_, Amsterdam, H. Du Sauzet, in-12, t. XXII, derniere partie, 1736, p. 249, etc.
[32] Fournier, Theatre complet de Marivaux, Notice, p. 6.
[33] Sainte-Beuve, _Causeries du lundi_, tome IX, p. 275.
[34] See note, p. xxxvi.
[35] Marivaux, _le Spectateur francais_, 1e feuille. Oeuvres, tome IX, p. 8.
[36] Marivaux, _le Spectateur francais_, 1e feuille. Oeuvres, tome IX, p. 36.
[37] Ibid., 3e feuille, p. 21.
[38] Ibid., 1e feuille, p. 4.
[39] Lesbros de la Versane, pp. 29, 30.
[40] See Marivaux, _le Spectateur francais_, 1e feuille. Oeuvres, tome XX, p. 9.
[41] Charles Colle, in his _Journal et Memoires_, tome II, p. 288, gives the following bit of testimony along this line: “Marivaux etait curieux en ligne et en habits; il etait friand et aimait les bons morceaux; il etait tres difficile a nourrir.”
[42] Lebros de la Versane, pp. 37-38.
[43] D’Alembert, _Eloge_, p. 237.
[44] Lebros de la Versane, pp. 27-28. D’Alembert, _Eloge_, pp. 256-257.
[45] De La Porte, p. 8, and Lesbros de la Versane, p. 26, are agreed as to her name and place of residence. Houssaye, p. 97, gives her name as Mlle. Julie Duriez, but cites no authority.
[46] Reference as above to de La Porte and Lesbros de la Versane.
[47] De La Porte, p. 8, and Lesbros, p. 27. Houssaye, pp. 100-106, relates a pathetic and perhaps wholly fanciful romance, in which Guillaume de Bez and Mlle. Marivaux were the chief actors; but, contrary to the custom of Marivaux’s comedies, love did not triumph; the worldly mother married her son unhappily, and the blind father, who thought that he could read so well the heart of woman, immured his daughter in a convent.
[48] Lesbros de la Versane, p. 27.
[49] D’Alembert, _Eloge_, p. 258.
[50] See Lesbros de la Versane, p. 36, and d’Alembert, _Eloge_, p. 258.
[51] Fleury, _Marivaux et le marivaudage_, p. 241.
[52] Marivaux, _le Spectateur francais_, 1e feuille. Oeuvres, tome IX, p. 6.
[53] See Fleury, _Marivaux et le marivaudage_, p. 63.
[54] It was not, however, until 1689 that the _Hotel des comediens du Roi, entretenus par Sa Majeste_ installed itself on the rue des Fosses-Saint- Germain, and took the title of Comedie-Francaise.
[55] As early as 1548 a troupe of Italian comedians had performed at Lyons, for the entrance of Henry II and Catherine de’ Medici.
[56] On Oct. 12, 1707, their ranks were increased by Dominique fils, particularly clever in the roles of Trivelin.
[57] “The name indicates a type. It is, moreover, about the same with the Theatre-Francais of this epoch. The mothers are called Argante; the widows, Araminte; the artless girls, Angelique or Lucile; the lovers, Dorante, Eraste, Ergaste; the old men, Geronte; the valets, Crispin, Frontin, Trivelin; the peasants, Blaise, etc.” Fleury, _Marivaux et le marivaudage_, pp. 63-64.
[58] See Larousse, Article _Comedie-Italienne_.
[59] There was a brief period, from 1717 to 1726, in which Crebillon withdrew in discouragement from the theatre.
[60] Other writers for the Theatre-Italien at this time were Autreau, Delisle, Fuzelier, none of whom is very famous.
[61] “On lui en connait au moins trois pour ces sortes de couplets, alors a la mode, chantes et danses, soit entre les divers actes, soit a la fin de la piece. Ces collaborateurs sont l’aine des deux freres Parfaict pour le divertissement de la _Fausse suivante_ (_Anecdotes dramatiques_, t. II, p. 345), Riccoboni pour celui de la _Joie imprevue_, le chansonnier Panard pour celui du _Triomphe de Plutus_ (_Journal de police_, dans _le Journal de Barbier_, t. VIII, p. 205) et pour celui de la _Colonie_ (_Nouveau theatre italien_, t. I, p. 336). Suivant le _Dictionnaire des Theatres_ (supplement, p. 470), le meme Francois Parfaict, dans un moment ou Marivaux avait hate de donner a la Comedie-Francaise son _Denouement imprevu_ (un acte, 10 decembre 1724), l’aida a en “degrossir quelques scenes.” Larroumet, _Marivaux_, edition of 1894, p. 33, note 1.
[62] Jules Lemaitre, _Impressions de theatre_, 4e serie, p. 77.
[63] La Harpe, _Cours de litterature ancienne et moderne_, tome XIV, p. 477.
[64] Jules Lemaitre, _Imprressions de theatre, 2e serie, p. 28.
[65] Lesbros de la Versane, p. 6.
[66] Larroumet, _Marivaux_, p. 63.
[67] De La Porte, p. 3. Lebros de la Versane repeats the same idea, p. 8.
[68] See Larroumet, _Marivaux_, pp. 63-64.
[69] D’Alembert, _Eloge_, p. 220.
[70] D’Alembert, _Eloge_, p. 220.
[71] Ibid, p. 219.
[72] Both Lesbros de la Versane, pp. 14-17, and d’Alembert, pp. 218-219, relate the anecdote, and in much the same way. I follow, in the main, the account given by Lebros.
[73] Larroumet, _Marivaux_, p. 60.
[74] Lesbros de la Versane, p. 19. D’Alembert, _Eloge_, p. 291, note 19.
[75] D’Alembert, _Eloge_, p. 237.
[76] _Le Spectateur francais_, 4e feuille. Oeuvres, tome IX, pp. 30-31.
[77] Found in the twelfth leaflet of the _Spectateur_. See d’Alembert, _Eloge_, p. 235.
[78] D’Alembert, _Eloge_, note 15.
[79] Marivaux, _le Spectateur francais_, 16e feuille. Oeuvres, tome IX, p. 160.
[80] Sarcey, (_Quarante ans de theatre_, tome II, pp. 265-266) argues against this conception.
[81] Fleury, _Marivaux et le marivaudage_, p. 59.
[82] Lavollee, _Marivaux inconnu, p. 61.
[83] See Fleury, _Marivaux et le marivaudage, p. 167.
[84] Ibid., pp. 192-202.
[85] “La premiere moitie seule fut inseree dans le _Monde_, parce que ce recueil cessa de vivre. La seconde moitie parut pour la premiere fois dans un volume de nouvelles de Mme. Riccoboni.” Ibid., p. 202, note I.
[86] “Nous ajouterons que M. de Climal est un Tartuffe de cour, un hypocrite de _bonne compagnie_, mais en meme temps d’une hypocrisie trop deliee pour etre mise sur le theatre et saisie par la foule des spectateurs.” D’Alembert, _Eloge_, p. 238.
[87] The attitude of Marianne towards her faithless lover and his ultimate return are foreshadowed in the early part of the story, although Marivaux leaves the breach unclosed. In fact, the opportunity for dramatic action is neglected by Marivaux, whose genius led him to analyses of motives rather than to portrayals of deep feeling or strong emotion.
[88] La Harpe, _Cours de litterature ancienne et moderne_, tome XVI, p. 273.
[89] Marivaux, _Vie de Marianne_, 4e partie. Oeuvres, tome VI, p. 212.
[90] Ibid., 5e partie. Oeuvres, tome VI, p. 285.
[91] Marivaux, _Le Paysan parvenu_, 4e partie. Oeuvres, tome VIII, pp. 136-137.
[92] An exception must be made in the case of the _Iliade travestie_, in which work his pen is needlessly wanton. See Larroumet, _Marivaux_, p. 517.
[93] _Impressions de theatre_, 2e serie, p. 29.
[94] Fleury, _Marivaux et le marivaudage_, p. 214.
[95] Grimm et Diderot, _Correspondence litteraire_, tome 1, p. 41.
[96] Marivaux, _le Spectateur francais_, 19e feuille. Oeuvres, tome IX, p. 190.
[97] D’Alembert, _Eloge_, p. 259.
[98] D’Alembert, _Eloge_, p. 259.
[99] D’Alembert, _Eloge_, p. 260.
[100] For an excellent comparison of Marivaux and the English novelists see Larroumet, _Marivaux_, pp. 348-364.
[101] See d’Alembert, _Eloge_, p. 229, and Colle, _Journal historique_, fevrier, 1763, tome II, p. 290.
[102] Larroumet, _Marivaux_, edition of 1894, pp. 293-294.
[103] _Causeries du lundi_, tome IX, p. 286 and p. 296. His criticism of Marivaux as novelist is rather harsh.
[104] D’Alembert, _Eloge_, p. 221.
[105] La Harpe criticises Marivaux for this peculiarity. “Le noeud de ses pieces n’est autre chose qu’un mot qu’on s’obstine a ne dire qu’a la fin, et que tout le monde sait des le commencement.” _Cours de litterature_, etc., tome XIII, p. 336.
[106] D’Alembert, _Eloge_, p. 222.
[107] Deschamps, _Marivaux_, p. 186.
[108] Deschamps, _Marivaux_, p. 52.
[109] D’Alembert, _Eloge_, p. 282, note 12.
[110] D’Alembert, _Eloge_, p. 292.
[111] D’Alembert, _Eloge_, p. 293.]
[112] _L’Ile de la Raison, La Reunion des Amours, la Dispute, Felicie, Arlequin poli par l’Amour, le Prince travesti, l’Ile des Esclaves, le Triomphe de Plutus, le Triomphe de l’Amour, la Colonie._ Larroumet, _Marivaux_, p. 252, note 2.
[113] Jules Lemaitre, _Impressions de theatre_, 2e serie, p. 27. Larroumet, pp. 292-297, gives a most interesting comparison of Marivaux with Shakespeare, and in note 2, p. 292, gives a brief sketch of the origin of this comparison and of its opponents.
[114] For a more complete idea of his drama one may have recourse to Larroumet, _Marivaux_, pp. 157-320, Fleury, _Marivaux et le marivaudage_, pp. 66-146, or Printzen, _Marivaux_, pp.41-38, who gives resumes of his comedies.
[115] Larroumet, _Marivaux_, p. 319.
[116] Marivaux, _Theatre choisi_, Paris, Librairie des Bibliophiles, 1892. Preface by F. Sarcey, pp. 7 and 15-17.
[117] J. Lemaitre, _Impressions de theatre_, 2e serie, p. 23.
[118] See Lesbros de la Versane, p. 9, who adds: “Ce qui prouve combien son gout etait sur, puisque ce sont ses meilleures pieces.”
De La Porte, p. 3, gives a list of Marivaux’s plays most popular with his contemporaries: “Celles qui reparaissent le plus souvent a la Comedie- Francaise sont _la Surprise de l’Amour_, _le Legs_ et _le Prejuge vaincu_; et aux Italiens, _la Mere confidente_, _l’Ecole des Meres_, _l’Heureux Stratageme_, _les Fausses Confidences_, _l’Epreuve_, _Arlequin poli par l’Amour_, _la Double Inconstance_, _le Fausse Suivante_, _l’Ile des Esclaves_, _le Jeu de l’Amour et du Hasard_.”
[119] Fleury, _Marivaux et le marivaudage_, p 129.
[120] Lonient, _la Comedie en France au XVIIIe siecle_, p. 367.
[121] Sarcey, in _le Temps_ of April 4, 1881 (see _Quarante ans de theatre_, tome 11, p. 262), gives an interesting comparison between _les Fausses Confidences_ and Octave Feuillet’s _Roman d’un jeune homme pauvre_, in which he gives all credit to the former. “M. Octave Feuillet,” says he, “a recrit (le roman des _Fausses Confidences_) et lui a donne je ne sais quoi de plus sombre. Son jeune homme pauvre est fier, cassant, et tombe parfois dans le melodrame; sa jeune fille riche est agitee et nerveuse; leurs debats sont souvent violents et tristes. Le roman des _Fausses Confidences_ se joue au contraire dans le pays lumineux des songes, et Dorante et Araminte charmeront encore les generations futures quand deja il ne sera plus parle du Maxime Odiot de M. Feuillet et de sa Marguerite Laroque.” Vitet seems to have given an anticipatory reply to this severe criticism in his _Discours de reception d’Octave Feuillet a l’Academie francaise_ (March 26, 1863), and Larroumet (p. 197, note 2) supports the latter’s view.
[122] _Causeries du lundi_, tome IX, p. 299.
[123] Acte I, scene VIII.
[124] Colle, _Journal et memoires_, tome II, p. 289. Fevrier 1763.
[125] La Harpe, _Cours de litterature ancienne et moderne_, tome XIII, p. 381.
[126] D’Alembert, _Eloge_, p. 329.]
[127] Consult chapter III, on _les Personnages_ (pp. 150-153), of Fleury’s _Marivaux et le marivaudage_ for a brief and happy summing up of these various differences, or part II, chapter I (pp. 93-155) of Deschamps’ _Marivaux_, for a more extensive development.
[128] Brunetiere, _Nouvelles etudes critiques_, pp. 151-152.
[129] Lescure, _Eloge de Marivaux_, p. 27.
[130] Frontin, of _la Meprise_, is a noteworthy exception. His wit is decidedly superior to that of his master Ergate.
[131] Larroumet, _Marivaux_, p. 225-226.
[132] See Fleury, _Marivaux et le marivaudage_, 73-75, and Larroumet, _Marivaux_, pp. 227-229.
[133] Fleury, _Marivaux et le marivaudage_, p. 284.
[134] Larroumet, _Marivaux_, pp. 366-370.
[135] “Il habille a la moderne _les Surprises de l’Amour_, refait _le Legs_ dans _l’Ane et le Ruisseau_, _l’Heureux Stratageme_ dans _le Caprice_, _le Petit-Maitre corrige_ dans _On ne badine pas avec l’amour_.” Larroumet, _Marivaux_, p. 369.
[136] Larroumet, _Marivaux_, p. 395, note I.
[137] Marivaux, _Oeuvres_, tome VII, p. 41.
[138] Ibid., tome VII, p. 237.
[139] Marivaux, _Oeuvres_, tome VI, p. 393.
[140] Ibid., tome VI, p. 345.
[141] Sainte-Beuve, _Causeries du lundi_, tome IX, p. 393.
[142] Deschamps, _Marivaux_, pp. 182-183.
[143] See La Harpe, _Cours de litterature ancienne et moderne_, tome XVI, p. 272.
[144] Avertissement des _Serments indiscrets_. Marivaux, _Oeuvres_, tome II, p. 7.
[145] On this subject consult Larroumet, _Marivaux_, pp. 541-561.
[146] Palissot (pp. 8-9) speaks of it as “un reste du jargon proscrit dans _les Precieuses_ de Moliere.” “En effet,” he continues, “les deux filles de _Gorgibus_ n’auraient peut-etre pas defini le sentiment d’une maniere plus etrange que M. de Marivaux ne l’a fait dans ce passage tire de _Marianne_: Qu’est-ce que le sentiment? c’est l’utile enjolive de l’honnete; malheureusement dans ce siecle, on n’enjolive plus.” The passage is from the fifth part of _le Paysan parvenu_ (_Oeuvres_, tome VIII, p. 177) and not from _Marianne_, and is, exactly quoted, as follows: “Mais c’est la nature qui nous rend amoureux; nous tenons d’elle l’utile que nous enjolivons de l’honnete; j’appelle ainsi le sentiment; on n’enjolive pourtant plus guere; la mode en est aussi passee dans ce temps ou j’ecris.”
[147] Among the words mentioned by Desfontaines as neologisms perpetrated by Marivaux, none can be considered as coined words, and but very few, such as _disciplinable_, _fictivement_, _sceleratesse_, as obsolete or unusual.
[148] Fleury, _Marivaux et le marivaudage_, pp. 281-283.
[149] See Sarcey, _Quarante ans de theatre_, tome II, p. 268.
[150] _Mercure_ for 1719.
[151] _Le Spectateur francais_, 3e feuille.
[152] _Le Spectateur francais_, 20e feuille.
[153] _Le Spectateur francais_, 8e feuille.
[154] After the outrageous reception of his _Serments indiscrets_ by the public, Marivaux contented himself by saying: “Au reste, la representation de cette piece-ci n’a pas ete achevee; elle demande de l’attention; il y avait beaucoup de monde, et bien des gens ont pretendu qu’il y avait une cabale pour la faire tomber; mais je n’en crois rien: elle est d’un genre dont la simplicite aurait pu toute seule lui tenir lieu de cabale, surtout dans le tumulte d’une premiere representation. D’ailleurs, je ne supposerai jamais qu’il y ait des hommes capables de n’aller a un spectacle que pour y livrer une honteuse guerre a un ouvrage fait pour les amuser. Non, c’est la piece meme qui ne plut pas ce jour-la.” _Les Serments indiscrets_: Avertissement. Marivaux. _Oeuvres_, tome II, pp. 7- 8.
[155] D’Alembert, _Eloge_, pp. 248-249. The play was _l’Amour et la Verite_. See Larroumet, _Marivaux_, p. 37, note 1.
[156] Marivaux, _Oeuvres_, tome IX, pp. 55, 56, 59.
[157] The one exception is in the case of Crebillon, already noted.
[158] De La Porte, p. 8. D’Alembert, _Eloge_, p. 298, note 25.
[159] See Marivaux, _Oeuvres_, tome X, p. 547.
[160] Ibid., pp. 550-551.
[161] D’Alembert, _Eloge_, pp. 295-296, note 23.
[162] Marivaux, _Oeuvres_, tome X, p. 552.
[163] D’Alembert, _Eloge_, p. 239.
[164] The registers of the French Academy (see Larroumet, _Marivaux_, p. 629) and d’Alembert (_Eloge_, p. 261) assign as the date of his death February 12; but l’Abbe de La Porte, p. 10), Lesbros de la Versane (p. 40), and Colle (_Journal historique_, tome II, p. 288) give the date as February 11.
[165] D’Alembert, _Eloge_, p. 261.
[166] Colle, _Journal historique_, tome II, p. 288.
[167] De La Porte, p. 10.
LE JEU DE L’AMOUR ET DU HASARD.
[1] SILVIA. The ‘ideal type’ of Marivaux’s women. “Young, alert, lively, yet compliant, already competent, reasonable, and energetic, without her reason, deliberative as it is, excluding for a moment wit, sprightliness, and charm. Give her more reserve, more dignity, more tender kindliness, and also more indulgent experience and you will have, scarcely any older, and already a widow, Araminte of _les Fausses Confidences_” (Henri Lion, in _Histoire de la langue et de la litterature francaise_ Petit de Julleville, tome VI, p. 587).
[2] ARLEQUIN. One of the brightest and merriest of roles. In passing to the Comedie-Francaise, this role, which at the Comedie-Italienne was played by Harlequin, was introduced under the name of Pasquin. It is possible that the personage of Harlequin has descended from the Greek plays, in which there appeared an actor filling a similar role and dressed in the skin of a goat or a tiger; but so early an origin, even if it could be proved, would not serve to explain the costume in which he now appears, and which is itself a modification of that worn by Harlequin in the sixteenth century.
The part of Harlequin, in the Italian comedy, appears to have originated in the role of the _zanni_, or clown, which comprised several varieties, such as Scapino, Coviello, etc. The costume of the part, whether the _zanni_ represented a stupid lout or a bright and resourceful valet, consisted of a loose jacket, very full trousers, a small cape, a broad-brimmed hat with feathers, and a wooden sword. This dress was varied later for the parts of Sganarelle and Pierrot, and the Harlequin dress itself was changed to a certain extent in the sixteenth century.
A description of his costume has come down to us from the time of Henry IV. “It is composed of a jacket open in front and fastened by cheap ribbons; of tight-fitting pantaloons, covered with pieces of cloth of different colors, placed at random. The jacket also is patched. He has a stiff, black beard, the black half-mask, and a cap shaped like those of the time of Francis I; no linen; the belt, the pouch, and the wooden sword. His feet are clad in very thin foot-gear, covered at the ankles by the pantaloons, which serve as gaiters” (Maurice Sand, _Masques et Bouffons_, p. 72). It was further changed, as well as the character itself, by the famous Dominique, of the Italian comedians to King Louis XIV. He made of Harlequin a clever and witty personage, instead of a stupid lout, and this change was accepted by the writers of plays for that particular troupe. The dress is greatly modified. The jacket is closer fitting; the trousers less full and shorter in the leg, coming down to just below the calf; the patches, still much larger than in the modern dress, are arranged symmetrically; the hat is soft, with a brim and a small plume; the shoes are of the ordinary seventeenth century shape, with the bow of ribbon on the instep. The wooden sword remains, as well as the half-mask, but with a moustache in the place of the former stiff beard.
The part was then played more and more as one calling for much spirit and endless fun-making powers,–so much so that when it was admitted to the stage of the Comedie-Francaise it evoked very strong condemnation as being unworthy of the gravity of the place.
The modern dress of Harlequin, rarely seen save in pantomimes, is a very brilliant close-fitting costume, composed of small triangles of bright cloth covered with spangles.
[3] QU’OUI. The correct form would be que oui, as the initial vowel of oui is now treated as an aspirate.
[4] CELA VA TOUT DE SUITE, ‘That is a matter of course.’ ‘That is the natural conclusion’ (judging from the desire of most girls to marry). The expression _tout de suite_ now means ‘at once,’ ‘immediately.’ It is not in that sense that it is used here. Read, _cela va de suite_, considering the adverb _tout_ as simply adding emphasis to the expression. The word _suite_ was taken in the seventeenth and eighteenth centuries in the sense of ‘consequence’ or ‘order.’
[5] DE FILLE. A peculiar use of the substantive after the preposition _de_, similar to the ordinary participial or adjectival use, as in the expression: _Il n’y a que vous de serieux_. Compare “Je n’ai qu’elle de fille” (Moliere, _le Medecin malgre lui_, II, 4). These, and similar expressions, are an outgrowth of the partitive genitive, usually found after an indefinite: _II n’y a rien de nouveau_ (that is to say, _parmi les choses nouvelles_). _Quelque chose de nouveau. Qu’y a-t-il de nouveau? Cent soldats de prisonniers. Y a-t-il personne d’assez hardi?_ etc. Compare the Latin, _Quid novi?_
[6] ALLEZ REPONDRE VOS IMPERTINENCES AILLEURS. This is not a modern form. The meaning is, ‘Keep your irrelevant remarks for people of your own class.’ _Impertinences_ has here the meaning of ‘irrelevant remarks.’
[7] CE N’EST PAS A VOUS A JUGER. An infinitive after _c’est a_ (_moi_, _vous_, _lui_, etc.) may be introduced by either the preposition _a_ or _de_, but a difference is felt to-day between the two locutions, the first signifying ‘it is your turn,’ and the second, ‘it is your right or duty.’
[8] UNE ORIGINALE, ‘eccentric.’ “Il n’y a qu’en France que le mot _original_ applique a un individu, soit presque injurieux.”– Theophile Gautier, _les Grotesques_.
[9] CELA EST ENCORE TOUT NEUF, ‘That is another strange idea.’ Bear in mind that Silvia had already expressed a distaste for marriage.
[10] AIMABLE, ‘Fitted to inspire love,’ ‘worthy of love.’
[11] DE MARIAGE … D’UNION. A peculiar use of the preposition _de_, allied to, and possibly derived from, the partitive after a negative: _Il n’y a pas de mariage_. It would be more natural today to say _un mariage … une union_. The use of the form _de mariage_ is easily explained by the ellipsis of the concluding words, _que celui-ci_.
[12] DELICIEUSE. Compare: “Il y a de bons mariages; mais il n’y en a point de delicieux” (La Rochefoucauld, _Reflexion_, 113).
[13] DANS LES FORMES, ‘Legally.’
[14] DE QUOI VIVRE, ‘Food.’
[15] PARDI, ‘Indeed.’ An alteration of _par Dieu_. Though still used, _parbleu_, likewise a euphemism for _par Dieu_, has largely replaced it. It is not in the Dictionary of the Academy, 1878.
[16] TOUT EN SERA BON. The _en_ refers apparently to the divers qualities of Dorante which Lisette has just enumerated, though it is difficult to see the connection clearly.
[17] TOUT S’Y TROUVE. The modern form would be, _se trouve en lui_, the _y_ not being now used of persons.
[18] HETEROCLITE. Used familiarly and figuratively for ‘strange,’ ‘odd,’ ‘peculiar.’
[19] UN PENSEE DE TRES BON SENS–_Pleine de sens_. VOLONTIERS, ‘Frequently,’ ‘usually.’ ‘is usually inclined to be …’
[20] PASSE, ‘We’ll let that pass.’ Used familiarly for _soit_.
[21] OUI-DA, ‘Truly,’ ‘certainly,’ or, more freely and familiarly, ‘I should think so.’ _Da_ is, according to Diez, a shortened form of _diva_, an exclamation composed of the two imperatives _dis_ and _va_: _diva > dea > da_. It may be added to either the affirmative or the negative (_non-da_), or stand alone. In any case it adds force to the expression. Its use is becoming obsolete, especially in the negative.
[22] DE BEAUTE. _Quant a la beaute_ would convey the idea, better to the modern ear. The construction is the genitive after _dispenser_. The pronominal _en_ is. therefore, redundant.
[23] VERTUCHOUX, written usually _vertuchou_, ‘Bless me,’ A euphemism like _vertubleu_, which is similarly a corruption of _vertu (de) Dieu_.
[24] CE SUPERFLU-LA SERA MON NECESSAIRE. Voltaire, in his _Mondain_ (1736), lines 22-23, repeated the same idea: “Le superflu, chose tres necessaire, A reuni l’un et l’autre hemisphere.”
[25] SE CONTREFONT-ILS, ‘Disguise themselves.’
[26] AUSSI L’EST-IL. The modern form is _Il l’est en effet_.
[27] NE … MENT PAS D’UN MOT, ‘Is not at all deceitful.’
[28] NI QUI NE GRONDE. The repetition of the relative _qui_ is contrary to modern usage.
[29] AME, ‘Being.’
[30] This whole scene recalls the dialogue between Angelique and Lisette in the first scene of Dancourt’s _l’Ete des Coquettes_ (July 12, 1690), and may be a clever amplification of the same.
[31] PORTE … UNE GRIMACE. A metonymy not accepted in common usage.
[32] DE TOUT CELA == _Dans tout cela_.
[33] A CONDITION QUE, ‘Provided that.’ Governs either the indicative, conditional, or subjunctive.
[34] UN NOTAIRE. The notary is a frequent figure in French comedy in the seventeenth and eighteenth centuries, and appears also in that of the nineteenth century. It is he who draws up the marriage settlements; he acts usually as banker and trustee as well as legal adviser. He is a sworn officer of the government, and nowadays is subject to inspection by officials appointed for the purpose.
[35] SUR TOUT LE BIEN. The modern form would be _d’apres tout le bien_.
[36] QUE VOUS VOUS REMERCIIEZ, ‘That either of you will reject the other.’ See Littre, “remercier,” 5 deg..
[37] PLAISANTE, ‘Amusing.’
[38] M’EN CONTER, ‘To make love to me.’
[39] DES BONS AIRS, ‘Kindly reception.’ An example of a very common antiphrasis, although the expression in itself is antiquated.
[40] IL NE ME FAUT PRESQUE QU’UN TABLIER. An evidence of the similarity in dress of maid and mistress.
[41] NE L’AMUSEZ PAS, ‘Do not detain her.’ _Amuser_ is sometimes used in this sense, ‘to detain by idle words.’
[42] EN PARTIE DE MASQUE, ‘For a masquerade.’ It was a common practice in the circles of the Court, and of the richer bourgeoisie to get up masquerade parties and dances. There are frequent references to this in the Memoirs of Dangeau, Saint-Simon, and other writers.
[43] ARTICLE = _Passage d’un ecrit quelconque_ (Littre, “article,” 3 deg.).
[44] IMAGINATION. Used here in the sense of _pensee_ or _idee_.
[45] FIGURE, ‘Character,’ which is also the meaning of _personnage_ in the next line.
[46] PLAISANT. See note 37.
[47] NOTRE FUTURE. The _notre_ refers to Dorante and his father. Silvia is the future bride of the one, and the future daughter-in-law of the other. The expression is not a usual one with _notre_.
[48] LE TOUT. In modern usage the article has disappeared.
[49] SUR LE CHAPITRE, ‘About.’
[50] INSPIREE. _Venue_ has replaced this verb in some of the later editions, and would certainly be the more natural expression.
[51] LES AVERTIROIT. Modern syntax requires the future after the imperative, instead of the conditional present.
[52] SE TIRERA D’INTRIGUE. Used in the sense of _se tirera d’affaire_.
[53] AGACER, ‘Tease.’ _Taquiner_ would be the modern word in this sense. _Agacer_ has now more the meaning of ‘irritate.’
[54] C’EST AUTANT DE PRIS QUE LE VALET, ‘The valet is as good as caught (captivated).’
[55] L’ETOURDIR, ‘To make him forget.’
[56] CROCHETEUR, ‘Porter.’ The name is derived from the _crochet_ (hook) which they use in lifting or carrying heavy weights. Another and more common meaning of the word is ‘picklock,’ or ‘housebreaker,’ from _crocheter_. _Crochet_ must have given _crochetier_. It is probably due to paronymy that _crocheteur_ and not _crochetier_ has come to be used for ‘porter’ (Littre).
[57] DANS SON MIROIR. An elliptical form for _Quand elle se regarde dans son miroir_.
[58] TOUJOURS, ‘In the meantime.’
[59] BIEN VENU. Now written in one word as a noun and with the article.
[60] TON COEUR N’A QU’A SE BIEN TENIR, ‘Your heart must be on its guard.’
[61] C’EST BIEN DES AFFAIRES, ‘What nonsense!’
[62] NE M’EN FAIT POINT ACCROIRE, ‘Does not make me overrate myself.’ (Littre, “Accroire,” 3 deg..}
[63] SERIEUX, ‘Formal.’
[64] SUR LE QUI-VIVE, ‘Standing on ceremony.’
[65] PLUS COMMODEMENT, ‘With less ceremony.’